Un soulagement, pas une solution
Le 6 août 2026, le don de 40 millions FCFA par le Très Hon. Datouo au centre d’hémodialyse de l’Hôpital Régional de Bafoussam a été accueilli comme une victoire. Mais derrière la gratitude affichée par les patients, portée par Njofang Raoul, représentant des patients souffrant d’insuffisance rénale,se lit aussi une critique à peine voilée: celle d’un système de santé qui ne tient que par des gestes de solidarité et des cris de détresse.
Pour les 178 patients en "dialyse à vie", ce don n’est pas qu’un chèque. C’est une réponse.
Njofang Raoul le dit clairement: “Cela répond à notre prière, à notre cri que nous avons fait. C'était ici, je crois, en mars, où nous avons crié que: À comportement d'habits froissés, réaction de fer à repasser”, confie-t-il.
La formule est forte. Elle décrit des malades qui ont dû élever la voix, presque menacer, pour être entendus. Et ça a marché. Après les 5 machines supplémentaires qui ont fait passer le centre de 10 à 15 générateurs, voici 40 millions pour l’achat des intrants et l’aménagement.
Le soulagement est réel. L’image du “vase à moitié vide” qui devient “à moitié plein “ résume le sentiment: une goutte d’eau, mais une goutte qui compte. Pour des patients qui paient de leur poche les médicaments, les examens, les poches de sang, 3 à 4 poches par mois et ça coûte excessivement cher. ce geste est perçu comme vital.
C’est là que le discours bascule. Le "merci" est immédiatement suivi d’un "mais". “Et c'est ça que nous demandons dans ce pays, ce geste-là. Nous ne nous arrêtons pas seulement à ce don. Il y a beaucoup de choses à faire encore dans cet hôpital, encore dans le centre d'hémodialyse”. Les patients eux-mêmes pointent l’insoutenable: 200 millions de consommables pour moins de 3 mois. L’État ne peut pas suivre. Résultat: le centre survit. Et les malades survivent grâce à la poche. La création d’une banque du sang qu’ils réclament et pour laquelle ils veulent utiliser une partie des 40 millions en est la preuve. L’État n’assure pas l’essentiel, alors les patients doivent quémander. “Nous prions, nous interpellons toutes les élites de l'Ouest, que ce soit ceux qui sont ici au pays, que ce soit ceux qui sont hors du pays, de la diaspora, à penser aux hémodialysés”.
Ce n’est plus une demande à l’État. C’est un appel au privé, aux "grands frères". Le message est clair: si vous ne venez pas, personne ne viendra. Le centre d’hémodialyse devient le baromètre de la responsabilité sociale de l’élite de l’Ouest.
Le discours de Njofang Raoul est à l’image du fonctionnement du centre: résilient mais à flux tendu. La reconnaissance est sincère parce que le besoin est criant. Mais elle est aussi stratégique. En remerciant publiquement, les patients s’assurent que la porte reste ouverte pour les prochains dons. En soulignant qu’il y a beaucoup de choses à faire encore. Ils refusent que ce don de 40 millions serve d’alibi pour oublier les déficits structurels: personnel, matériel, sang, aménagement.
À Bafoussam, les hémodialysés ont appris la leçon: pour exister, il faut crier. Pour continuer à vivre, il faut remercier. Et pour espérer, il faut rappeler que le combat n’est pas fini.
@Mr Etienne Ndange

