Fonctionner malgré le déficit
Ouvert le 10 avril 2023, le centre d’hémodialyse de l’Hôpital Régional de Bafoussam tourne 24h/24 avec 15 générateurs pour 178 patients en "dialyse à vie". Faute de moyens, le centre vit d’entraide entre hôpitaux et de la poche des malades. Entre organisation par tours, pénurie de consommables et cas de plus en plus jeunes, le personnel décrit un fonctionnement à flux tendu.
Depuis son ouverture officielle le 12 avril 2023, le centre d’hémodialyse de Bafoussam ne désemplit pas. “On travaille 24h/24. Non-stop, sauf le dimanche. Le dimanche dans la journée on ne travaille pas. On réouvre à 18h”, explique Tsiazok Dongmo Martial, nephrologue et responsable technique du centre.
Avec 15 générateurs, le centre organise des "tours" de 4h. “ À 4h du matin, on met 15 malades sur la machine. Ils finissent à 8h. Il faut 1h pour désinfecter. À 9h, on branche le deuxième tour de 15. Et ainsi de suite jusqu’à minuit”. Au total, le centre réalise environ 1 400 à 1 500 dialyses par mois.
Avant l’arrivée de 5 machines supplémentaires, les images parlaient d’elles-mêmes: “23h. Les malades en attente. Ils dorment. D’autres viennent de Foumban, de Kouoptamo, de Makénéné. Ils ne peuvent pas rentrer à 23h. Ils dorment ici. Avec l’augmentation de la demande, le centre revient dans cette situation”, poursuit-il.
Sur 178 patients suivis au 1er juillet, tous sont en hémodialyse de maintenance: “Sans ça, tu vas partir”. Le centre ne compte pas les cas aigus, comme un enfant de 9 ans avec un paludisme grave” qui sortira de dialyse.
L’âge des malades va de 11 ans à 86 ans. Le responsable technique déclare que “Le plus petit a commencé la dialyse avec nous à 8 ans en 2023. Il a 11 ans maintenant” Pour le responsable, la maladie touche tout le monde, qu’on soit riche, peu importe l’âge, peu importe le sexe. Il explique cette hausse par un meilleur diagnostic: “C’est une spécialité jeune. Maintenant qu’on forme, on enseigne aussi dans les facultés. On pose aussi de plus en plus d’examens”.
Le plus gros défi reste matériel. “On a un déficit de matériel, on a un déficit de personnel, on a un déficit de tout”. Faute de budget, les centres s’entraident: “Tu peux avoir de l’acide ? Donne-moi. Moi j’ai un peu de peinture, tiens”, confie t-il. Un CHU aurait même dépanné Bafoussam.
Côté coûts, la prise en charge pèse lourdement sur les patients. La séance est à 15 000 FCFA/an pour se faire brancher. Mais les médicaments sont achetés de la poche du patient, y compris les examens, la fistule, les poches de sang.
Pour l’État, la charge est jugée insoutenable: les consommables de 200 millions seraient pour moins de 3 mois. Pour une année ça fait 200 millions fois 4.
Malgré les difficultés, l’organisation tient grâce à un planning rigoureux. “Quand on dit que notre file active a 178, c’est qu’on a 178 patients vivants à un instant T qui font la dialyse. Sur cette base, nous avons besoin du matériel”, confie t-il.
Entre solidarité entre centres et résilience des malades, le centre de Bafoussam fonctionne. Mais comme le résume le responsable: “C’est très difficile. Si tu as la santé et que tu n’as pas l’argent, ne te plains pas. Si tu as seulement la santé, sois content”.

