JOURNÉE DE GALA DATOUO - Le pari du sport et de la culture

On aurait pu choisir autre chose. Louer une salle, aligner des chaises, dérouler des discours politiques interminables, distribuer des enveloppes, et rentrer chez soi. Mais le comité de la 18e Journée de Gala Théodore Datouo a choisi l'inverse: le sport et la culture. Et ce choix n'a rien d'un simple divertissement pour meubler la journée.
En effet, c’est un choix politique, au sens noble du terme. Le 03 octobre à Baham, on a vu ce que plus aucun discours ne parvient à produire. Comme l'a rappelé le porte-parole du comité, on a vu "des femmes et des hommes, des jeunes et des moins jeunes défendre leurs équipes ou leurs groupements avec enthousiasme et détermination". On a vu Baham affronter Bamendjou sans que personne ne parle de supériorité d'un groupement sur un autre. On a vu Bangou encourager Baham. Sur un terrain de football, l'origine s'efface devant le maillot.
C'est ça que le sport enseigne encore quand tout le reste divise. Il l'a dit lui-même: "la discipline, le courage, la persévérance, le respect des règles, le respect de l'adversaire et le dépassement de soi". Dans un département où les jeunes sont de plus en plus tentés par le repli ou le départ, comme le rappelait le délégué Ngawa Anicet à propos de l'exode vers le Canada, leur offrir un terrain où ils peuvent se mesurer, exister, gagner ensemble, c'est déjà leur donner une raison de croire que l'avenir peut s'écrire ici.
Parce qu'un peuple qui court après le développement en oubliant qui il est finit par se développer pour les autres. Le discours a été très clair là-dessus: "Dans les Hauts-Plateaux, nous sommes héritiers d'une tradition, héritiers d'un patrimoine culturel d'une grande richesse. Nos danses, nos chants, nos langues, nos tenues traditionnelles, notre artisanat, nos rites et nos chefferies ne constituent pas seulement des souvenirs du passé: ils sont des éléments vivants de notre identité."
Faire danser les reines mères, le même jour que des élèves reçoivent des kits scolaires, c'est dire aux enfants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest présents ce jour-là que leur culture a aussi sa place dans cette fête, que l'hospitalité des Hauts-Plateaux n'est pas qu'un mot.
Le pari du sport, c'est le pari de l'unité immédiate. On ne décrète pas la cohésion sociale dans un bureau. On la vit, en sueur, sur un terrain, en applaudissant la même action.
Le pari de la culture, c'est le pari de la durée. C'est le pari de la mémoire. On ne retient pas un jeune avec un slogan. On le retient en lui montrant que ce qu'il est, ce qu'il porte, sa langue, ses danses, a de la valeur et que cette valeur est célébrée devant le Préfet, devant les chefs, devant tout le département.
Au fond, l'équation est simple. Le sport rassemble les corps. La culture rassemble les âmes. Et quand les corps et les âmes d'un département sont rassemblés au même endroit, le même jour, on peut alors parler de dons. On peut parler de solidarité. On peut parler de cette main tendue "qui ne demande ni origine, ni village".
C'est pour cela que le 3 octobre , le sport et la culture n'étaient pas le hors-d'œuvre de la journée. Ils en étaient le plat de résistance. Et le message est passé.
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