JOURNÉE MONDIALE DE LA TRADUCTION - Le pouvoir d’être compris célébré

Pour la première fois de son histoire, l'Assemblée Nationale du Cameroun a célébré la Journée Mondiale de la Traduction. Ce 30 septembre 2026, la Division de la Traduction a organisé la commémoration de la 35e édition sous le thème: « Diversité des langues et droits linguistiques: le pouvoir d'être compris
Une journée symbolique pour mettre en lumière ces hommes et femmes de l'ombre sans qui le bilinguisme institutionnel ne serait qu'un slogan. Le programme était à la hauteur de l'événement: allocution du Chef de Division, deux exposés majeurs, une exposition photographique sur l'histoire de la traduction à l'Assemblée Nationale et une cérémonie de remise de Certificats de Reconnaissance.
Le premier exposé, intitulé « De l'Hémicycle au Citoyen: la Traduction, Voix du Parlement », a rappelé une évidence que l'on oublie trop souvent. Le Cameroun est un pays bilingue, et à l'Assemblée, ce bilinguisme est une exigence quotidienne.
Le travail est double, ont expliqué les traducteurs et interprètes de l'institution. Deux métiers connexes mais différents. Le traducteur écrit, il traduit les textes écrits. L'interprète traduit l'oral.
Concrètement, tous les textes qui viennent de la Présidence ou des ministères, les projets de loi, passent en commission et les rapports doivent être rédigés dans les deux langues officielles, le français et l'anglais. C'est le travail du traducteur.
Pendant les séances plénières, le travail de l'interprète devient visible. Les députés portent des casques, comme les journalistes. Derrière, dans les cabines, des interprètes traduisent en direct ce que l'orateur dit dans l'autre langue. Si celui qui parle s'exprime en français, le député qui veut suivre en anglais met le casque et choisit le canal anglais. Sans eux, le débat parlementaire serait impossible.
Sur la question de savoir comment ils s'assurent que les lois adoptées sont comprises dans les deux langues, la réponse est claire: généralement, les projets de loi viennent du gouvernement et sont déjà traduits. L'intervention des linguistes de l'Assemblée Nationale se situe au niveau des travaux en commission et des travaux en plénière, où ils sont constamment sollicités.
Le second exposé, « Outiller les services de traduction pour relever les défis actuels », a abordé les choses qui fâchent: les difficultés et l'avenir du métier.
Les traducteurs de l'Assemblée Nationale reconnaissent que beaucoup a déjà été fait. L'institution dispose d'un beau bâtiment, de cabines d'interprétation fonctionnelles et d'outils pour pouvoir interpréter. Mais comme ils le disent eux-mêmes, qui dit merci en redemande encore. Rien n'est parfait.
Ils ont évoqué de nombreuses évolutions dans la profession. Aujourd'hui, le principal défi s'appelle intelligence artificielle. Elle est en train de supplanter tout le monde, y compris les hommes de média, les médecins, et les traducteurs ne font pas exception. Il ne faut pas être à la traîne, sinon on risque de quitter le marché, de quitter la profession ou d'être en retard.
Pour faire face, ils réclament des outils performants: une connexion Internet à haut débit, des outils d'aide à la traduction modernes, des mémoires de traduction. C'est une question de survie professionnelle.
Interrogés sur la menace de l'IA, ils ne se font aucune illusion. L'intelligence artificielle, c'est une menace. On n'a pas encore réussi à la cerner, mais c'est une menace. Nous sommes encore en train d'observer », déclaré un traducteur-interprète.
Au-delà du matériel, les traducteurs et interprètes du Palais de Verre ont exprimé un autre vœu, plus humain et formateur. Si l'Assemblée Nationale en a les moyens, ils souhaiteraient pouvoir voyager, rencontrer d'autres traducteurs dans d'autres parlements ou dans d'autres institutions, dans le cadre de voyages d'études ou de benchmarking. Une ouverture qui leur permettrait de s'améliorer et de ne pas rester isolés.
Entre exposition photographique retraçant l'histoire de la traduction au Parlement et remise de certificats, cette 35e Journée Mondiale a donc eu un goût particulier à Yaoundé. Elle a rappelé que derrière chaque loi votée en deux langues et derrière chaque discours compris par tous, il y a des voix dans une cabine qui rendent possible le pouvoir d'être compris.
@Mr Etienne Ndage
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